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Queyras, une longue histoire
Les contraintes climatiques, l’hiver est long et rigoureux, et géographiques expliquent le peuplement tardif du Queyras.
Si quelques objets de l’âge du bronze datés de 1500 avant JC ont été découverts à Saint Véran, la première véritable implantation humaine se fera avant les romains, sans doute par des réfugiés chassés des plaines hospitalières du Piémont et de la Gaule. Ces Quariates, d’origine celto-ligure donneront leur nom au Queyras. Les romains occupent la vallée, importante voie de communication contrôlée depuis les Escoyères. Ce hameau rive droite de la combe du Guil est en effet situé au carrefour des chemins venant de la Durance par le col Garnier puis Furfande, du Briançonnais par Arvieux, de Ceillac par Bramousse et du Haut Queyras. Des morceaux d’une dalle portant une inscription romaine parlant du “préfet Bussulus” ont été utilisés comme linteaux de deux portes de la Chapelle Ste Marie Madeleine, isolée dans des prés en dessous du Chatelard, le groupe de maisons le plus haut du village. L’influence romaine ira en déclinant, la christianisation menée par Saint Marcellin d’Embrun progresse, le diocèse d’Embrun est créé en 365.
Inscription romaine des Escoyères

On ne peut terminer le raccourci historique de cette période sans parler d’Annibal, parti en -218 de Carthage, au sud de l’Espagne, pour guerroyer contre Rome, et qui passa par les Alpes. Aucun texte n’apporte de preuve irréfutable du passage des célèbres éléphants (africains) au col Agnel ou à celui de la Traversette mais pourquoi ne pas rêver !
Vers 1050, Guigues 1er, seigneur d’Albon (vallée du Rhône) étend son territoire et prend possession de ce qui deviendra plus tard le Dauphiné. Contre rémunération, il accordera en 1343 une quasi-autonomie à cinq vallées alpines qui prendront le nom de République des Escartons (Briançonnais, Queyras, Val Cluson, Chateau-Dauphin, Oulx). Cette liberté continuera malgré la cession du Dauphiné à la couronne de France en 1349 et le Queyras vivra pauvre mais calme jusqu’à ce qui sera une longue période noire, les guerres de religion.
En 1148, un riche commerçant lyonnais, en réaction aux fastes du clergé, fonde une religion, le valdéisme, qui prône la pauvreté et la perfection évangélique. Le mouvement s’étend en Europe mais plus particulièrement dans le Val Cluson, un des cinq Escartons, et le Val Pellice, tous deux frontière avec le Queyras. Une première période de persécutions se termine en 1500 sous Louis XII. En 1532, les Vaudois se convertissent au protestantisme, leur influence s’étend, avec de part et d’autre son lot de brutalités et de pillages. Château-Queyras est pris pour la première fois en 1587 par le hugenot Lesdiguières mais l’Edit de Nantes (Henri IV, 1598) calme les esprits. Sa révocation par Louis XIV en 1685 entraîne une véritable guerre civile qui durera jusqu’en 1787.
Fort Queyras
 Les moments de répit seront vite interrompus par le passage de troupes engagées dans les guerres d’Italie. L’armée de Francois 1er se rend à Marignan en 1515 par le col de Vars alors que le Maréchal de la Pallice passe le col de la Traversette et le chevalier Bayard par le col Agnel. Une lecture attentive des cartes indique un camp Catinat, du nom d’un maréchal en guerre dès 1693 contre Victor Amédée de Savoie, au nord est d’Arvieux et un Camp Espagnol à l’est du refuge Agnel. Le traité d’Utrecht en 1713 met fin à ce conflit en démembrant la République des Escartons, les provinces coté Piémont étant cédées au Duc de Savoie en échange du comté de Barcelonnette. La fin du XViième siècle sera marquée par une nouvelle guerre contre le roi de Sadaigne avec des combats des deux cotés de la frontière, accompagnés des habituelles razzias. La révolution ne changera pas grand chose hormis, sur le plan administratif, la création du département des Hautes Alpes et des cantons.
Le Queyras aborde le XIXème siècle dans un état économique lamentable et une population trop nombreuse par rapport aux ressources. Le train arrive en gare de Montdauphin en 1883 et facilite l’exode rural. L’émigration se fait vers les grandes villes mais aussi jusqu’en en Amérique du sud, le nombre d’habitants passant ainsi de 8858 en 1831 à 1881 en 1968, la première guerre mondiale prenant son lot d’hommes valides. En 1939-45, les mouvements de résistance aident à la libération du Queyras. Le Roux, Abriès, Ristolas et La Monta sont incendiés tout ou partie par les allemands en 1944, seul ce dernier village ne sera pas reconstruit.
Du Queyras à l'Argentine

Après-guerre, le Queyras se modernise lentement, les voies de communication s’améliorent, tous les villages sont électrifiés. Au mois de juin 1957, la neige reste en grande quantité en altitude et la chaleur accompagnée de fortes pluies va entraîner ce qui aurait pu être la mort d’un pays, des inondations dévastatrices. Les villages sont envahis par un torrent de boue, des maisons emportées ainsi que la route des gorges. Pendant l’été les villages sont déblayés, avec l’aide de bénévoles du Service Civil International, et rendus habitables mais surtout la destinée du Queyras intéresse un homme qui connaît la région, Philippe Lamour (1903-1992). Doué d’une vision à long terme exceptionnelle, il se spécialise dans l’aménagement du territoire, le Bas-Rhône-Languedoc sera sa plus belle réussite, et devient en 1965 maire de Ceillac. Extérieur au pays, il ne fait partie d’aucun clan et peut “imposer” des idées en avance sur leur époque. Il crée un Syndicat intercommunal, regroupant les sept communes du Queyras, lance l’idée d’un développement maîtrisé par la population locale, évitant ainsi les erreurs commises dans d’autres région et la mainmise des promoteurs. Il a, avec d’autres, l’intuition du développement des activités de plein air, fonde l’Association de la Grande Traversée des Alpes, les fameux GR, et obtient pour le Queyras le label de Parc Naturel Régional en 1977. Obligé depuis 1983 pour des raisons de santé de se désengager de ses responsabilités, il reste jusqu’à sa mort en 1992 président du Parc. La succession d’un homme d’une aussi forte personnalité est difficile et le renouvellement de la “Charte”, contrat passé entre l’Etat et les communes pour garder le statut de Parc Régional ne se fait pas sans douleur. Le ministère demande des garanties en matière de protection de la nature et d’urbanisme, ce qui est interprété localement comme une perte de pouvoir et de liberté. Mais n’en a-t-il pas toujours été de même pour tout ce qui vient de la capitale et semble imposé d’en haut ?
Maison du Parc Naturel Régional du Queyras à Arvieux

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